Investir - Ouvrir la voie Prospérer : Mémoire écrit pour les consultations prébudgétaires en vue du budget de 2020 par CanSFE

Merci de nous donner l’occasion de fournir ce mémoire écrit aux consultations prébudgétaires en vue du budget de 2020. Le CanSFE est heureux d’avoir la possibilité de présenter ses recommandations aux audiences prébudgétaires du Comité permanent des finances. Nous vous invitons à partager cette expérience supplémentaire en nous contactant à info@CanWaCH.ca.

INVESTIR — OUVRIR LA VOIE — PROSPÉRER

Mémoire écrit pour les consultations prébudgétaires en vue du budget de 2020 

Par : Le Partenariat canadien pour la santé des femmes et des enfants (CanSFE)

Liste de recommandations :

Recommandation 1 : Que le gouvernement du Canada réalise pleinement son engagement financier du 4 juin 2019 visant à bonifier son investissement annuel de 1,4 milliard de dollars pendant dix ans d’ici 2023 afin de promouvoir la santé et les droits des femmes et des filles du monde entier. Par cet investissement, il est recommandé que le gouvernement adopte une approche politique intégrée, non cloisonnée, par rapport aux programmes de santé mondiale pour les femmes et les enfants de manière à refléter un ensemble d’interventions multisectorielles tout au long de la vie et à englober l’éventail d’expertises du Canada en santé, en droits et en nutrition des nouveau-nés, des enfants, des adolescentes et des femmes. 

Recommandation 2 : Que dans le cadre de son investissement en santé et en nutrition des femmes, des adolescentes, des enfants et des nouveau-nés du monde entier, le gouvernement du Canada intègre pleinement le financement dans tous les programmes aux approches novatrices visant à mesurer et à évaluer les résultats en mettant l’accent sur les données établissant leur impact. 

Recommandation 3 : Que le gouvernement du Canada augmente ses dépenses en développement international et en aide humanitaire sur dix ans à partir de 2020, et ce par des augmentations annuelles prévisibles de 15 % versées à l’Enveloppe d’aide internationale (EAI). 

Le Canada est un leader mondial en santé des femmes et des enfants et nous devons continuer à « Ouvrir la voie »

Le droit à la santé, au sein de notre identité canadienne, alimente notre fière tradition d’un gouvernement à l’autre, laquelle est d’assumer un rôle de leader afin de favoriser la santé et le bien-être des personnes les plus marginalisées au monde. Le leadership du Canada en santé mondiale s’appuie sur des efforts collectifs et l’expertise de gouvernements, d’organisations de la société civile, d’établissements de recherche, de professionnels de la santé et plus encore.

L’engagement audacieux du Canada envers l’égalité des sexes, les droits et la santé survient à un moment critique où des reculs en santé et en droits sexuels et reproductifs (SDSR) se font durement ressentir dans le monde entier. De plus, le leadership canadien est crucial alors que le monde compose avec les effets déstabilisants du changement climatique sur les plus pauvres et les plus vulnérables au monde. Sans une intervention urgente, le changement climatique pourrait pousser 100 millions de personnes de plus dans la pauvreté d’ici 2030.  

Qui est le CanSFE?

Établi en 2011, le CanSFE est un fier regroupement de 100 organisations canadiennes non gouvernementales, d’établissements académiques et d’associations professionnelles qui travaillent ensemble pour créer un monde où chaque femme et chaque enfant puisse prospérer. 

La communauté mondiale a fait d’importants progrès en santé des femmes, des adolescentes et des enfants, mais a maintenant plus que jamais besoin que le Canada agisse en leader. Depuis 1990, à l’échelle mondiale, le taux de mortalité maternelle a chuté de 44 % , le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans a diminué de 58 %  et le taux de fécondité des adolescentes est passé de 65 à 44 naissances par 1 000 femmes adolescentes âgées de 15 à 19 ans . Même si nous célébrons d’importantes réalisations, nous sommes conscients que le travail n’est pas terminé et que les femmes et les filles vivant dans des milieux fragiles et en conflit n’ont pas bénéficié de ces importants progrès. Chaque année, dans 50 pays du monde entier, plus de 5 millions de mères, d’enfants et d’adolescentes décèdent majoritairement de maladies évitables et l’économie de ces pays perd des milliards de dollars en raison de la mauvaise santé et de la mauvaise nutrition. Sans un investissement soutenu et une action axée sur l’impact, les progrès durement réalisés pourraient être perdus. Le leadership canadien continue d’être vital. 

Recommandation 1
Que le gouvernement du Canada réalise pleinement son engagement financier du 4 juin 2019 visant à bonifier son investissement de 1,4 milliard de dollars annuellement pendant dix ans d’ici 2023 afin de promouvoir la santé et les droits des femmes et des filles du monde entier. Par cet investissement, il est recommandé que le gouvernement adopte une approche politique intégrée, non cloisonnée, par rapport aux programmes de santé mondiale pour les femmes et les enfants de manière à refléter un ensemble d’interventions multisectorielles tout au long de la vie et à englober l’éventail d’expertises du Canada en santé, en droits et en nutrition des nouveau-nés, des enfants, des adolescentes et des femmes. 

Le Plan d’action Prospérer : une approche fondée sur des données probantes et axée sur l’impact quant au leadership canadien en matière de santé et de droits des femmes, des adolescentes et des enfants 

Puisque les engagements financiers du Canada en santé mondiale des femmes et des enfants se terminent en 2020, une coalition diversifiée d’éminentes organisations de santé canadiennes s’est réunie en 2018 pour élaborer le Plan d’action Prospérer, une vision collective de la prochaine phase du leadership canadien. Le Plan d’action Prospérer propose une approche intégrée et sexotransformatrice de la santé, des droits et de la nutrition qui permettrait au Canada d’approfondir son impact sur la vie des femmes, des adolescentes et des enfants du monde entier, y compris celles et ceux vivants dans des milieux fragiles et en conflit. 

Prospérer est un plan d’action global qui place la femme, l’adolescent et l’enfant au centre, qui prône les interventions à volets multiples dont ils ont besoin – et auxquelles ils ont droit – tout au long de leur vie, et qui transcendent les clivages artificiels ayant un impact négatif sur la santé et d’autres progrès. Le Plan d’action s’appuie également sur la voix unique et la réputation mondiale du Canada comme moteur du progrès là où il a une contribution stratégique à apporter et là où il y a des besoins cruciaux et non comblés. Il s’agit principalement des secteurs les plus négligés et stigmatisés de la SDSR ainsi que de la santé des adolescentes, du plaidoyer pour la santé, et de la collecte et de l’analyse de données.

Pour réaliser cet objectif complet, le Plan d’action Prospérer demande au gouvernement de renouveler ses engagements annuels actuels d’un milliard de dollars en plus de faire un investissement additionnel de 400 millions $ par année pendant dix ans à partir de 2020. De cet investissement, il demande que 500 millions $ soient consacrés chaque année aux secteurs négligés de la SDSR.

L’engagement accru du Canada envers la santé et les droits des femmes et des enfants

D’après les données probantes soulignées dans le Plan d’action Prospérer, le 4 juin 2019, le gouvernement du Canada a annoncé qu’il bonifierait ses investissements de 1,4 milliard de $ par année d’ici 2023 de manière à soutenir la santé des femmes et des filles du monde entier. Véritable investissement historique, cet engagement de dix ans soutiendra la SDSR et la santé maternelle, néonatale et infantile – dont 700 millions $ seront investis annuellement en SDSR à partir de 2023. Le gouvernement du Canada a affirmé que cet investissement favorisera le Programme de développement durable à l’horizon de 2030, promouvra la SDSR dans le monde entier et optimisera le leadership mondial du Canada en matière d’égalité des sexes. 

Une approche politique intégrée, non cloisonnée, dans les programmes de santé mondiale 

La santé des femmes et des enfants ne peut être compartimentée ou cloisonnée. Par conséquent, nous encourageons le gouvernement du Canada à mettre en œuvre cet investissement historique à travers un continuum de soins complets pour s’assurer que l’accès aux soins de santé corresponde à différents contextes, milieux et étapes de vie. Cette approche signifie qu’il faut déployer toutes les interventions possibles dans l’éventail d’expertises du Canada en santé et en nutrition des nouveau-nés, des enfants, des adolescentes et des femmes, et pour les femmes et les filles, en santé génésique, ce qui comprend la santé sexuelle et maternelle, tout au long de leur vie. 

Le CanSFE exhorte également le gouvernement du Canada à accorder la priorité à ne laisser personne pour compte… nulle part. Dans des contextes humanitaires, au moins 75 % de toutes les personnes déplacées sont des femmes, des adolescentes et des enfants, et plus de la moitié des décès maternels, néonatals et infantiles surviennent dans ces contextes. Malgré le coût potentiellement plus élevé de la mise en œuvre des programmes dans ces contextes, les droits et le bien-être des personnes qui vivent dans les contextes humanitaires les plus désespérés et fragiles ne doivent pas être négligés.

Urgents besoins tout au long de la vie 
Petite enfance 
●    2,5 millions de nouveau-nés décèdent chaque année à la naissance.  
●    Un enfant en bas âge sur cinq ne reçoit pas les vaccins de base nécessaires pour rester en santé.  

Enfance
●    Chaque jour, 15 000 enfants décèdent avant leur cinquième anniversaire, souvent de causes évitables comme la pneumonie, la diarrhée et la malnutrition.  
●    Plus de 3 millions de filles courent chaque année le risque de subir une mutilation génitale féminine ou l’excision.  

Adolescence 
●    Pour les filles âgées de 15 à 19 ans, les complications lors de la grossesse et de l’accouchement sont la deuxième cause de décès.  
●    130 millions de filles, majoritairement âgées de 15 à 17 ans, ne vont pas à l’école.  Dans les écoles, l’absence d’installations sanitaires adéquates pour l’hygiène menstruelle est un facteur clé. 
●    280 millions de filles courent le risque de devenir des épouses enfants. 

Âge adulte
●    Toutes les deux minutes, une femme décède de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement.  
●    74 millions de grossesses non désirées surviennent annuellement dans les pays en développement en raison du manque d’accès aux contraceptifs ou d’échecs contraceptifs. 
●    60 % des décès maternels surviennent dans des contextes touchés par un conflit, une catastrophe ou le déplacement. 
●    35 % des femmes à l’échelle mondiale subissent de la violence physique et/ou sexuelle de la part d’un partenaire ou de la violence sexuelle de la part d’un non-partenaire. La violence sexuelle et fondée sur le sexe est plus fréquente dans des contextes d’urgence et de crise humanitaire. 

Le Canada PEUT faire une différence en adoptant une approche intégrée 

Si des soins complets pour toutes les femmes enceintes et les nouveau-nés étaient combinés à la fourniture complète de contraceptifs modernes aux femmes qui souhaitent éviter une grossesse, les décès maternels diminueraient de 73 % par année et les décès néonatals chuteraient de 80 % par année. 

De 5 à 6 millions de vies peuvent être sauvées et des retombées économiques se situant entre 80 et 100 milliards de dollars américains pourraient être produites en immunisant 300 millions d’enfants sur 5 ans. 

Améliorer la santé physique, mentale et sexuelle des adolescentes de 10 à 19 ans, à 4,60 $ par personne par année, apporte dix fois plus de retombées économiques et prévient 12 millions de décès adolescentes et plus de 30 millions de grossesses non désirées.  

La malnutrition coûte annuellement 3,5 billions $ à l’économie mondiale. Chaque dollar investi en nutrition offre un retour de 16 $ ou plus. Réaliser les objectifs mondiaux en nutrition apporte des résultats : 3,7 millions de vies d’enfants sauvées, 65 millions d’enfants de moins accusant un retard de croissance et 265 millions de femmes de moins souffrant d’anémie.  

Recommandation 2 

Que dans le cadre de son investissement en santé et en nutrition des femmes, des adolescentes, des enfants et des nouveau-nés du monde entier, le gouvernement du Canada intègre pleinement le financement dans tous les programmes aux approches novatrices visant à mesurer et à évaluer les résultats en mettant l’accent sur les données établissant leur impact. 

Il est urgent que le gouvernement du Canada et ses partenaires contribuent à la bonification de notre travail sur la collecte, le partage et l’analyse de données. Le Canada doit continuer d’investir dans ce travail vital pour élaborer des outils qui nous permettent de passer de la seule production de rapports sur nos activités à la capacité de lier nos activités à l’impact à travers une théorie du changement fondée sur des données probantes. Cela signifie acquérir une meilleure compréhension de la façon dont les activités entraînent des résultats, non seulement au sein de projets précis, mais à l’échelle infranationale, nationale et régionale. Cela requiert que nous considérions nos efforts comme faisant partie d’un projet collectif et mondial visant à progresser vers la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) et d’autres cadres internationaux. 

Nous recommandons que le Canada augmente le rythme de son travail pour : 
●    Aligner les indicateurs normalisés pour suivre le progrès de son propre travail avec les objectifs et les indicateurs des ODD et de l’Organisation mondiale de la santé.
●    Bonifier les données sur les personnes les plus vulnérables et difficiles à atteindre en mettant un accent sur les données ventilées selon le sexe et d’autres facteurs transversaux.
●    Travailler en collaboration pour renforcer les systèmes nationaux de collecte de données dans tous les pays/ régions/provinces. 
●    Considérer le fardeau que les exigences en matière de données représentent pour les partenaires et prestataires locaux et identifier des occasions de travailler plus efficacement ou de demander un soutien ou du financement additionnel. 
●    Équilibrer les données quantitatives et qualitatives pour mieux comprendre les normes sexospécifiques, les inégalités sociales et les causes profondes de la mauvaise santé.

Recommandation 3

Que le gouvernement du Canada augmente ses dépenses en développement international et en aide humanitaire sur dix ans à partir de 2020, et ce par des augmentations annuelles prévisibles de 15 % versées à l’Enveloppe d’aide internationale (EAI). 

L’investissement accru du Canada en santé des femmes et des enfants devrait représenter une partie d’une augmentation annuelle soutenue, planifiée et progressive à l’EAI. Les bénéfices d’une bonification de l’EAI canadienne ont énormément d’impacts sur la santé, la pauvreté, l’inégalité et la réponse aux plus graves impacts du changement climatique à l’échelle mondiale. Reconnaissant la nature intégrée du Plan d’action Prospérer, de la politique d’aide internationale féministe du Canada et du Programme 2030, les investissements ciblés en santé des femmes et des enfants annoncés le 4 juin 2019 devraient compléter, et non pas remplacer, d’autres investissements en coopération internationale et en aide humanitaire. 

L’EIA du Canada doit refléter le fait que, tout comme les droits de la personne sont indivisibles, les progrès vers la réalisation des objectifs de développement le sont également. Nous devons donc attribuer des ressources adéquates pour nous assurer que les objectifs de développement ne soient pas dressés les uns contre les autres, mais poursuivis en tandem et de manière efficiente et efficace. Pour que le Canada remplisse les objectifs ambitieux auxquels il s’est engagé dans le Programme 2030, il doit attribuer les ressources adéquates à leur réalisation.