Leaders de demain en santé mondiale : Yipeng Ge

Entrevue réalisée par Celia Zhang, agente des médias numériques, le jeudi 18 juin 2020. 

La pandémie de COVID-19 a souligné l’importance de systèmes de soins de santé robustes et des travailleurs de la santé qui sont aux premières lignes de ces systèmes. Elle a également eu un impact drastique sur le quotidien de nombreux Canadiens, alors que les gens ont dû s’adapter à de nouvelles réalités de distanciation physique afin de répondre à d’importantes mesures de santé publique et de sécurité.

Yipeng Ge

Récent diplômé de la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa et délégué jeunesse de la toute première réunion virtuelle de l’Assemblée mondiale de la santé (WHA73), un forum où les plus importantes politiques sanitaires au monde sont établies, Yipeng Ge fait l’expérience d’un croisement unique entre diverses réalités actuelles de la COVID-19.

Nous avons discuté avec Yipeng de ce que ça lui fait d’entrer dans le domaine médical au milieu d’une pandémie, de son expérience à la réunion virtuelle WHA73 et de ce qui, selon lui, est nécessaire pour qu’on puisse se rétablir de la COVID-19 de façon juste et équitable.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à poursuivre une carrière en santé mondiale? 

C’est lié à certaines décisions que mes parents ont prises en tant qu’immigrants chinois. Je suis né à Wuhan, en Chine, où l’épidémie de COVID-19 a commencé, ce qui ajoute une couche intéressante à mon identité intersectionnelle et qui, pour moi, met en contexte tout ce qui se passe dans le monde. En tant qu’enfant immigré, je me sentais pris entre deux mondes : j’étais un étranger au Canada et j’étais aussi un étranger en Chine. Sachant que mon père a vécu en situation d’extrême pauvreté dans une région rurale de la Chine et que des membres de notre famille vivent encore dans des circonstances similaires, quoiqu’un peu mieux, j’étais très conscient du privilège qui m’avait été donné grâce aux décisions et aux sacrifices que mes parents ont faits pour amener la famille à Waterloo, en Ontario. 

Quand j’ai commencé mes études de premier cycle à l’Université McMaster, j’ai été exposé aux iniquités et aux injustices des communautés autochtones au Canada. Alors que j’ajoutais de plus en plus d’informations et de connaissances à mes propres perspectives sur le monde et à ma compréhension des systèmes autour de moi, j’ai compris que je voulais y faire quelque chose. Ceci m’a amené à apprendre d’universitaires, de cliniciens, d’anthropologues, de leaders communautaires et de patients des communautés autochtones à Hamilton et des Six Nations de la rivière Grand. J’en ai appris davantage sur le système de santé et sur la façon dont les politiques peuvent avoir un grand impact sur le bien-être et la santé d’une personne. 

Mes études de premier cycle m’ont également exposé au concept des déterminants sociaux de la santé. J’ai commencé à comprendre que j’avais tenu trop de choses pour acquises pendant ma vie à Waterloo, comme avoir un toit au-dessus de la tête, de la nourriture sur la table, une bonne relation avec mes parents et un revenu familial stable. Ma façon de penser à ce qui participe au bien-être et à la santé d’une personne a changé. Ces révélations ont été un tournant pour moi, dans ma décision non seulement de poursuivre une carrière en médecine, mais également de penser à poursuivre une carrière en santé publique.

Vous commencez votre résidence pendant la COVID-19, une période qui doit être exceptionnellement intéressante et difficile pour entamer cette prochaine étape de votre carrière. À quoi cela ressemble-t-il? Pouvez-vous nous décrire une journée typique? 

C’est en effet une période exceptionnelle pour tant de personnes différentes. Il n’y a pas une seule personne qui n’a pas été touchée par les réalités de la COVID-19 et par le déroulement de la pandémie. Soit vous connaissez quelqu’un qui a été malade ou touché par les interventions de santé publique, soit vous avez été touché par les interventions mises en place par la santé publique et leurs impacts économiques. C’est une période intéressante pour quiconque commence dans n’importe quel domaine. C’est également une période intéressante pour être une jeune personne qui essaie de comprendre le monde et d’y trouver sa place.

Le 1er juillet, je retournerai suivre un mois de formation clinique auprès de patients hospitalisés. À quoi ressemble le quotidien? Je pense que le privilège et le plaisir d’être un étudiant, un stagiaire ou un jeune en ce moment est que le quotidien peut grandement varier d’un jour à l’autre. C’est ce qui est passionnant de la formation en résidence. C’est une occasion d’apprendre à s’adapter à tout enjeu ou obstacle qui se présente à moi. 

En tant que délégué jeunesse de cette année à la toute première réunion virtuelle de l’Assemblée mondiale de la santé, pouvez-vous nous parler de quelques-uns des enjeux dont se préoccupent les jeunes canadiens? 

C’était définitivement une période intéressante pour assumer le rôle de jeune délégué du Canada à l’Assemblée mondiale de la santé (WHA), car c’était la première fois que l’Assemblée était tenue virtuellement. Nous avons été en mesure d’orienter le processus de consultation pour aborder des enjeux mondiaux de santé publique dans le contexte de la pandémie de COVID-19. C’était également une occasion de rester connecté socialement et de prendre des nouvelles les uns des autres. Certains points identifiés sont ressortis de ce type de discussion ouverte et nous avons résumé les priorités clés des jeunes canadiens en quatre catégories : le bien-être individuel, la prévention et la préparation, le développement durable et l’éducation ainsi que le développement. Vous pouvez lire un exemplaire du rapport complet ici [en anglais seulement].   

Quel conseil donneriez-vous au jeune que vous avez été? 

Il n’y a pas un moment où on sent qu’on l’a fait ou qu’on y est arrivé. Parfois, j’essaie encore de me le dire. Poursuis tes rêves et tes ambitions, mais enracine-les dans le fait que tu apprends toujours et que tu acquières toujours de nouvelles informations. Poursuivre de grands jalons peut prendre beaucoup de temps et être éreintant et épuisant. Tu ne peux repousser le bonheur. 

En tant que clinicien en apprentissage, je partage des moments intenses avec des patients qui traversent des épreuves très difficiles. Cela me rappelle que nous sommes humains et à quel point la vie est fragile. Cette pandémie nous rappelle collectivement ce qui est le plus important : la connexion, l’humanité, le bien-être, la santé. Je pense que c’est essentiel de savoir ce qui compte le plus pour nous et d’en faire une priorité en s’assurant de passer du temps à faire les choses qu’on aime avec les personnes qui nous sont chères.

La COVID-19 a dévoilé des écarts et des inégalités dans les systèmes de santé de partout dans le monde. Quels sont certains des changements clés qui doivent être apportés dans le secteur pour assurer un rétablissement juste et équitable pour tous?

C’est un moment charnière. Comment créer un monde plus juste et équitable? Je ne suis certainement pas un expert dans toutes les pièces nécessaires, mais je pense que le facteur limitant compte deux volets : la volonté des gens et la volonté politique de nos dirigeants doivent exister pour que ces changements se réalisent réellement. Nous avons des leaders communautaires, des experts, des scientifiques et des chercheurs qui produisent d’excellentes recommandations et qui soulèvent des points pour le plaidoyer en faveur de la direction que nous devrions prendre quant aux politiques, aux programmes et au financement. Nous avons réellement besoin d’une action collective issue de la volonté du peuple et nos dirigeants doivent faire preuve de courage et de compassion à propos de ce qu’ils entendent et poursuivre avec des actions plutôt qu’avec des paroles seulement.  

Que lisez-vous présentement? 

Je lis Le droit au froid de Sheila Watt-Cloutier. Je suis tombé sur ce livre il y a quelques jours et j’ai toujours voulu en apprendre davantage sur l’eau et ceux qui protègent leurs territoires. Quand je lis, j’ai l’impression de prendre une pause de tout ce qui se passe dans le monde, mais ça m’aide également à réfléchir à des problèmes très complexes. Il ne s’agit pas de nouveaux problèmes. Les communautés autochtones, leur gouvernance, leur leadership et leurs peuples sont conscients de ces enjeux depuis si longtemps. Ils ont des solutions, mais rien n’a changé. Peut-être le monde écoute-t-il plus maintenant et est-il prêt, espérons-le, à agir davantage. 

Quels sont les prochains projets inscrits à votre horaire très chargé? 

Je me suis fait dire par des amis que j’ai tendance à ne jamais m’arrêter. Même si je suis en « vacances » avant que la résidence commence, j’ai commencé plusieurs projets. Je peins, cuisine, lis, écris et jardine davantage. J’ai aussi récemment eu ma première réunion avec l’équipe de l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) à titre de jeune délégué pour le Canada auprès du Conseil directeur de la PAHO. C’est quelque chose que j’aimerais bonifier en ce qui a trait à la mobilisation des jeunes.

*Cette entrevue a été révisée et condensée par souci de clarté*