Quatre propos que nous avons entendus sur la contraception

La contraception est quelque chose que de nombreux Canadiens et Canadiennes tiennent pour acquis. Que vous vous rendiez dans une clinique sans rendez-vous pour obtenir une prescription de pilule anticonceptionnelle ou que vous achetiez une boîte de condoms à la pharmacie, c’est très facile pour bon nombre d’entre nous d’avoir accès à différentes méthodes de contraception. Toutefois, pour de nombreuses personnes de l’hémisphère Sud, l’accès n’est pas seulement difficile; c’est une question de vie ou de mort.

teenage girl with parents in Ethiopia

Les filles comme Fanos, 15 ans, sont souvent mariées en Éthiopie. Puisqu’elles sont si jeunes, il est fréquent que leur corps ne soit pas suffisamment développé pour accoucher, ce qui peut entraîner des complications de santé et des naissances prématurées. Photo : Vision Mondiale

La contraception est un droit de la personne et est également une manière d’empêcher les naissances prématurées. Avec l’utilisation de la contraception, les grossesses peuvent être évitées chez les jeunes filles qui ne sont pas assez développées pour accoucher et espacées chez les femmes qui souhaitent avoir des enfants.

Dans cette série de trois articles, nous vous donnerons un aperçu des communautés avec lesquelles le partenariat Naître à terme travaille au Mali, en Éthiopie et au Bangladesh pour cibler les facteurs de risque des naissances prématurées. Dans ce premier article, voici quelques-unes des choses que les femmes et les filles auxquelles nous avons parlé nous ont dites sur l’utilisation de la contraception dans leur communauté.

« MON MARI NE VEUT PAS QUE J’UTILISE DE MÉTHODE CONTRACEPTIVE »

Le plus important obstacle des femmes à l’utilisation de la contraception est de loin leur mari. Même si quelques participantes ont dit que leur mari leur avait suggéré d’utiliser des contraceptifs pour des raisons financières ou parce qu’ils avaient pris des décisions sur la prévention des grossesses et l’espacement des naissances ensemble, pour de nombreuses femmes et adolescentes que nous avons interviewées, cela n’était pas le cas.

Au Mali, une adolescente mariée nous a dit que son mari pourrait lui « déclarer la guerre » pour avoir soulevé la question de la contraception. « Il est nécessaire de toujours obtenir le consentement du mari », nous a dit l’une d’elles. Les femmes plus âgées (de 20 à 49 ans) étaient d’accord, disant que si elles prenaient des contraceptifs à l’insu de leur mari et qu’elles souffraient de complications, la responsabilité reposerait alors sur les femmes. « Ils ne veulent même pas en entendre parler », nous ont dit plusieurs d’entre elles.

En Éthiopie, de nombreuses femmes nous ont dit qu’elles utilisaient des contraceptifs sans que leur mari le sache. Une fille appartenant au groupe des 15 à 19 ans nous a dit que son mari avait « rejeté » l’idée d’utiliser des contraceptifs. « J’en utilise à son insu », nous a-t-elle avoué.

Au Mali comme en Éthiopie, les femmes et les filles ont indiqué qu’une des principales raisons pour lesquelles les maris refusaient d’avoir recours à la contraception était qu’ils voulaient d’autres enfants. Les femmes se préoccupaient également du fait que d’autres femmes auraient « plus d’enfants qu’elles » si elles utilisaient une méthode contraceptive. Dans de nombreuses sociétés, les enfants sont perçus comme une richesse et une bénédiction, même lorsque la santé des femmes en paie le prix.

Naître à terme travaille dans ces communautés pour s’assurer que les femmes puissent s’exprimer sur leur santé et leur bien-être, particulièrement lorsqu’il s’agit d’accouchement. Nos interventions ciblent la transformation de la culture de la domination masculine dans ce secteur pour une prise de décisions équitable en matière de planification familiale.

« CERTAINS DISENT QUE CELA PEUT VOUS RENDRE STÉRILE OU ENTRAÎNER D’AUTRES PROBLÈMES »

women receiving health check-up in Mali

Une femme visite une clinique de santé au Mali, où elle reçoit des soins vitaux et des informations sur ses options médicales. Photo : Aide à l’enfance

La désinformation à propos des effets secondaires des contraceptifs est un grave problème pour les femmes du monde entier. Au Bangladesh, une adolescente nous a dit ceci : « Quelqu’un dans ma communauté m’a dit qu’en prenant la pilule, je ne pourrai pas avoir d’enfants plus tard. » Une autre fille de la même catégorie d’âges a repris ces propos en ajoutant : « Certaines femmes ont peur de la planification familiale, car elles disent que cela rend les femmes stériles. »

D’autres propos que nous avons entendus sur la contraception étaient qu’elle pouvait « provoquer l’avortement » (Mali 15-19); « nuire à la santé des femmes » (Mali 20-49); « être douloureuse » (Éthiopie 20-49); entraîner « des problèmes de santé » (Bangladesh 15-19).

Les femmes de 20 à 49 ans tant au Mali qu’en Éthiopie ont dévoilé des préoccupations sur le saignement anormal et excessif comme effet secondaire potentiel des contraceptifs. « J’ai vu un cas où le saignement s’est poursuivi pendant 15 jours », nous a dit une femme. « Les femmes veulent faire de la planification familiale, mais elles ont peur des effets secondaires. Si nous avions un centre de la santé, les médecins pourraient tout nous expliquer », nous a dit une autre femme.

Naître à terme travaille pour renforcer les systèmes de santé par le biais de la formation, de l’équipement et des fournitures pour offrir des soins de qualité et adaptés. Nous travaillons avec les gouvernements locaux et les intervenants communautaires pour que les femmes et les adolescentes comprennent que les méthodes de contraception modernes pourraient leur convenir. Surtout, le projet travaille avec les femmes, les filles et leurs partenaires masculins pour s’assurer que tous reçoivent la bonne information nécessaire pour prendre des décisions éclairées sur le recours à la contraception afin de prévenir, de repousser ou d’espacer les grossesses.

« LA CONTRACEPTION EST CONSIDÉRÉE COMME ÉTANT IMMORALE »

Au Mali et en Éthiopie, certains dirigeants religieux croient que la contraception est un péché et qu’elle ne sert qu’à prévenir la grossesse, et c’est ce qu’ils enseignent à leurs assemblées. Cela crée un climat de peur chez les femmes, qui croient que d’autres membres de la communauté pourraient les exposer.

Une femme adulte au Mali nous a dit que lorsqu’une femme est reconnue comme ayant recours à la contraception, elle « se fait souvent traiter d’infidèle », c’est-à-dire une personne qui ne pratique pas la foi musulmane.

En Éthiopie, les adolescentes parlent de la manière dont les prêtres les mettent en garde contre la contraception. « La religion ne permet pas le recours à la contraception, nous a dit l’une d’entre elles. Nous l’utilisons à l’insu des dirigeants. » Une autre a ajouté : « Elle est considérée comme une destructrice de l’âme. »

Naître à terme travaille pour changer ces attitudes en faisant participer les dirigeants religieux dans ses formations sur les avantages sanitaires des pratiques visant à « retarder et espacer » les grossesses et sur les risques des naissances prématurées. Nous soulignons également l’importance de la prise de décisions conjointe au sein du couple en plus de démystifier les nombreux mythes et méconnaissances à l’égard des méthodes de contraception modernes. Ceci a un impact important et de nombreux dirigeants religieux disent qu’ils ne s’opposent plus à la contraception dans leur communauté.

« C’EST PLUS FACILE DE PARLER DE CONTRACEPTION AVEC D’AUTRES FEMMES »

Bangladesh courtyard session: Girls in Bangladesh take part in a peer discussion.

Au Bangladesh, des filles participent à une discussion entre pairs. Photo : Plan International Canada

De nombreuses femmes auxquelles nous avons parlé sont en proie à des préjugés sociétaux négatifs entourant les femmes et la sexualité. Une femme nous a dit que sa communauté percevait les femmes ayant recours à la contraception comme des femmes qui « aiment trop le sexe ». Devant ce genre d’opposition, il n’est pas surprenant que plusieurs d’entre elles aient peur de parler de leurs besoins.

Lorsqu’elles choisissent de ne pas rester silencieuses, quelques femmes préfèrent parler de contraception avec leur mari, mais plusieurs disent qu’elles sont plus à l’aise d’en parler avec d’autres femmes.

« Je préfère en parler avec mes amies, a dit une adolescente éthiopienne. Mon mari et ma famille disent que je n’en utilise pas. Mais en compagnie de mes amies, je parle de ma peur d’avoir de nombreux enfants et d’être incapable de les nourrir. Mes amies sont comme moi. Elles sont mariées et elles me parlent librement. »

En plus de donner des informations exactes et de combattre les mythes sur la contraception, Naître à terme offre des occasions aux femmes et aux adolescentes de parler de ces questions dans un lieu sûr par le biais de groupes de soutien et de la sensibilisation communautaire.

Toutes les femmes et les filles devraient avoir la possibilité de réaliser leurs droits sexuels et reproductifs, en ayant notamment accès à des informations exactes et des services de santé reproductive de qualité qui répondent à leurs besoins précis, y compris les méthodes de contraception modernes.

Il faut beaucoup de courage pour s’exprimer comme l’ont fait ces femmes et ces adolescentes et nous sommes extrêmement reconnaissants qu’elles aient partagé leurs histoires avec nous. Alors que Naître à terme poursuit son travail dans leurs communautés, nous nous efforcerons de répondre à leurs préoccupations et à leurs besoins afin que chaque mère puisse avoir une grossesse saine et menée à terme et que chaque enfant puisse naître à terme.

Le partenariat public-privé Naître à terme cible les facteurs de risque associés aux modes de vie et aux comportements malsains, aux infections maternelles, à la nutrition inadéquate et à l’accès limité à la contraception qui peuvent entraîner des naissances prématurées.

L’information contenue dans ce blogue est tirée des évaluations qualitatives et de l’égalité des genres dans les trois pays où a travaillé Naître à terme en 2017. Les citations fournies ici ne sont que des exemples de ce que nous avons entendu pendant ces évaluations et ne représentent pas nécessairement l’opinion de toutes les femmes et les adolescentes qui ont été interviewées.